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Publié le 25 Mars 2025

Colloque Crif/IST sur le « Fait religieux et radicalités en entreprise »

Lundi 24 mars 2025, pour la troisième fois, l'Institut Supérieur du Travail (IST) et le Crif se sont associés pour tenir un colloque sur le thème « Fait religieux et radicalités en entreprise » au Palais du Luxembourg à Paris. Le récent sondage sur le fait religieux en entreprise réalisé par Harris Interactive a notamment été présenté lors de ce colloque.

Crédit photo : ©Alain Azria

 

Le colloque sur le thème « Fait religieux et radicalisés en entreprise » a été ouvert par la sénatrice Hélène Conway-Mouret qui a notamment présenté le propos introductif du président du Sénat, Gérard Larcher. Elle a rappelé l’importance d’interroger le fait religieux en entreprise et ses risques. « Le monde de l’entreprise accompagne ainsi les évolutions de la société dans un esprit d’équilibre et de respect du vivre ensemble, seul de nature à faire reculer la tentation de la radicalité, pas seulement religieuse. »

 

 

Introduction du colloque

Le président du Crif, Yonathan Arfi et le président de l’Institut Supérieur du Travail (IST), Antoine Vivier ont ensuite introduit ce colloque.
Yonathan Arfi a rappelé combien l’entreprise était un miroir de notre société mais aussi un espace de connexions et d’interactions. « L’entreprise reste un des derniers bastions de melting-pot » ; elle demeure un espace de mixité sociale dans toutes ses dimensions et en cela, l’entreprise n’échappe pas aux questions qui traversent notre société, et notamment la montée en puissance du fait religieux. Le fait religieux se réinvente et il faut donc l’appréhender comme un phénomène en évolution. C’est l’intérêt de la collaboration du Crif et de l’IST. 
Cette année, le fait religieux a été abordé en même temps que la question des radicalités, qui trouve un sens particulier après le 7-Octobre. Les croyances et les pratiques en entreprise s’affirment de plus en plus et le recul de la sécularisation doit être géré par les managers et les directeurs et directrices des ressources humaines (DRH) alors même qu’ils ne sont pas habitués ni formés à ces sujets.

 

 

Allocution de Yonathan Arfi, président du Crif

 

 

Antoine Vivier, président de l’IST a à son tour introduit ce colloque. Il a rappelé combien le fait religieux en entreprise demandait aujourd’hui une attention particulière, plus que lors des précédentes éditions. Il a redit combien le vivre ensemble était une exigence de tous les jours. Le risque de radicalité s’installe dans le débat et le mot même de radicalité doit être examiné. « En préparant le colloque, on a bien senti que le sujet était plus complexe encore que les années précédentes. »

 

Enquêtes qualitative et quantitative sur le fait religieux et les radicalités en entreprise

Jean-Daniel Lévy, directeur délégué d’Harris Interactive France a ensuite ouvert le colloque par la présentation du sondage réalisé auprès des dirigeants d’entreprise, managers et représentants du personnel par Harris Interactive pour l’IST et le Crif. L’étude quantitative a été complétée par une enquête qualitative réalisée auprès de DRH. Il a également fait une comparaison avec les sondages réalisés en 2018 et 2021.
Jean-Daniel Lévy a insisté sur l’augmentation de l’acceptabilité du fait religieux en entreprise et notamment par les plus jeunes. Les plus jeunes représentent par ailleurs la population qui a connu la plus grande évolution par rapport au sondage réalisé en 2021.

 

 

Denis Maillard, spécialiste de la question du travail, a ensuite pris la parole sur le sujet « Fait religieux et radicalités en entreprise » en 2025. Il a rappelé que le phénomène du fait religieux en entreprise peut varier selon l’actualité et est notamment revenu sur l’historique et les évolutions du fait religieux en entreprise. Selon lui, depuis 2022, le fait religieux revient dans des situations et dans des conversations au travail.
Il a rappelé que « la religion est devenue un marqueur identitaire, notamment pour les plus jeunes qui sont plus nombreux a être accommodant avec l’expression de la croyance ». 
« Le fait religieux est désormais un fait de la sphère civile » ; il n’est plus cantonné à la seule sphère privée et a investi la société civile et donc l’entreprise.
Denis Maillard a conclu son propos en rappelant le besoin d’affirmer des règles communes qui nous tiennent ensemble. Ce qui peut être accordé aux uns doit pouvoir être accordé à tout le monde. Il a insisté sur la « nécessité du règlement intérieur pour définir ce qui nous tient ensemble au travail ». 

 

 

Retours d’expériences des dirigeants sur le fait religieux en entreprise

 

La première table ronde sur le thème « que font les entreprises ? » s’est ensuite ouverte avec Marianne Laigneau, Présidente du Directoire d’Enedis, Caroline Courtin, Directrice diversité, égalité et inclusion BNP-Paribas. La table ronde était modérée par Fabrice Lundy, chroniqueur économique.

Caroline Courtin a présenté le cadre mis en place au sein de BNP Paribas avec la formation de personnes référentes qui puissent accompagner et former notamment les managers qui font face à des enjeux liés au fait religieux en entreprise. Elle a également rappelé l’importance de relier le fait religieux à des règles générales notamment sur la tenue vestimentaire en entreprise ou la demande de congés.

Marianne Laigneau est revenue quant à elle sur la complexité de ces sujets et a présenté le guide de la neutralité religieuse mis en place chez Enedis, société de droit privé, chargée d'une mission de service public. À propos du 7-Octobre et des tensions en entreprise, Marianne Laigneau rappelle combien la société française est fracturée et combien l’entreprise doit rester un sanctuaire.

 

Le point de vue des religions sur les pratiques religieuses au travail 

La table ronde suivante s’est ouverte sur le thème « les pratiques religieuses au travail : que disent les religions ? ». Étaient réunis pour cette table ronde, le Père Yann Le Lay, Conférence des évêques de France, Ghaleb Bencheikh, Président de la Fondation de l’Islam de France, et le Rabbin Pauline Bebe, membre du collège des fondateurs du programme Emouna à Sciences Po Paris.
Cette table ronde était animée par Gérard Unger, vice-président d’honneur du Crif.

Le Rabbin Pauline Bebe est revenue sur le rapport entre le travail et la religion et combien le travail permet de « se réaliser ». Il est aussi important de travailler que de s’arrêter de travailler ; le commandement de la religion juive est d’abord de travailler avant de s’arrêter. Le travail n’est pas une punition mais une bénédiction rappelle-t-elle. « Il existe de nombreuses lois dans la religion juive sur le travail. » Le rabbin Pauline Bebe a rappelé que les religions englobent tous les sujets de la vie.

Le Père Yann Le Lay, Conférence des évêques de France a rappelé l’importance de ne pas opposer les religions. « Ce n’est pas une question d’affrontement des religions […] on porte le même désir […] celui d’amener à une vie belle et une vie bonne, et une vie heureuse. » La religion ne veut pas interdire et former pour que les gens ne soient plus des hommes et des femmes libres. Dans le catholicisme, la vision du travail se nourrit de situations historiques et notamment de l’industrialisation et de la paupérisation de l’Europe avec l’exode en ville de milliers de personnes.
L’homme qui croit, croit à temps plein et non en contrat à durée déterminée (CDD), il faut donc aborder la personne dans la plénitude et dans son unicité. Quand on parle de radicalités, on l’associe souvent à la question du fait religieux mais il y a un symptôme de radicalité plus global, identitaire ou autre, où le dialogue a de plus en plus de mal à trouver sa place. Le dialogue doit être régulé en entreprise mais il faut également une certaine posture et une certaine capacité à dialoguer qui commence en nous-mêmes.

Ghaleb Bencheikh, Président de la Fondation de l’Islam de France est quant à lui revenu sur sa fonction et sur la nécessité de distinguer la religion du fait religieux. « Le religieux serait une forme de grammaire de la religion qui elle, […] demeure une référence, et le religieux serait la manière d’observer les règles. » Il y a une approche fondamentale du travail, abordée par le rabbin Pauline Bebe. « Le travail dans la vision islamique des choses […] est une bénédiction mais aussi un acte d’adoration. » Le travail est aussi une manière de rendre grâce et de louer le Seigneur de la possibilité de pouvoir subsister en travaillant. Dès lors que quelqu’un a signé un contrat de travail, il doit l’honorer et ne peut pas en modifier les conditions ensuite, notamment sur les aspects vestimentaires. Sur les rapports hommes femmes, il a rappelé combien ne pas vouloir s’assoir sur le même banc qu’un collègue ou une collègue de l’autre sexe est un non-sens. 
Pour Ghaleb Bencheikh, la seule boussole pour une entreprise, sa raison d’être, est de bien fonctionner et de produire donc tout ce qui entrave ce bon fonctionnement est à proscrire. Ce qui y contribue est à accueillir et à promouvoir et pour cela, il faut un triptyque dont le premier volet est une bonne posture managériale avec rigueur et humanisme, le deuxième volet est un cadre législatif clair au niveau national et un règlement intérieur et le dernier volet, est une bonne connaissance des questions religieuses et du fait religieux.

 

Le fait religieux en Europe

 

Pour étendre cette analyse sur le fait religieux et les radicalisés en entreprise, une table ronde était consacrée au thème « Ailleurs en Europe », avec Marc de Savigny, DRH Clariane Allemagne, Sabine Desclides, ex-DRH de l’Institut de Recherche et Développement (IRD). Cette table ronde était animée par Arielle Schwab, directrice générale adjointe d’Havas.

Sabine Desclides a ouvert cette table ronde en revenant sur son expérience. Dans son expérience professionnelle, elle est revenue sur son expérience récente à l’Institut de Recherche et Développement (IRD), institut public avec du personnel dans 26 pays. Dans cette structure, l’ex-DRH indique avoir été très peu confrontée au fait religieux hormis deux cas de port du voile qui ont rapidement été réglés. Selon elle, à l’IRD, la question de l’interdisciplinaire va de pair avec l’interculturel. Des règlements intérieurs spécifiques existent en fonction du calendrier des fêtes françaises et catholiques et en prenant en compte les fêtes religieuses des pays dans lesquels l’IRD intervient. « Cela permet une vie en commun où le fait religieux est géré de manière naturelle au quotidien. »

Marc de Savigny, DRH Clariane Allemagne a rappelé combien en Allemagne, la religion fait partie de ce vous êtes. « Cette laïcité que nous avons en France est totalement étrangère en Allemagne. » Les salariés en Allemagne déclarent à leur employeur leur religion du fait de l’impôt de l’Église.

 

 

 

Point de vue des acteurs

 

La dernière table ronde « Que disent les acteurs ? » a réuni les dirigeants patronaux et syndicaux, Cyril Chabanier, Président de la CFTC, Samuel Tual, vice-président trésorier du MEDEF, Éric Chevée, vice-président de la CPME en charge des affaires sociales. Cette table ronde était animée par Sarah Spitz, journaliste de L’Opinion.
Tous trois considèrent que la conflictualité sur ce sujet est faible et que le sujet du fait religieux est géré par le dialogue social et les entreprises.
Ils insistent également sur l’importance des relations humaines pour la gestion du fait religieux en entreprise, sujet complexe pour les PDG d’entreprises qui ne sont pas formés à ces sujets. Le sujet du fait religieux doit être géré avec du bon sens et beaucoup d’humanité.

Ils sont également revenus sur la question de la neutralité qui s'applique au service public mais pas à l'entreprise. 

 

Conclusion du colloque

 

Astrid Panosyan-Bouvet, Ministre du Travail et de l’Emploi a conclu ce colloque en rappelant que la laïcité ne pouvait pas être réduite à la neutralité. Les entreprises produisent un espace commun qui doit être entretenu voire défendu. On demande aux salariés de sortir un peu d'eux-mêmes pour construire ensemble. Les manifestations du fait religieux peuvent ici représenter une difficulté et la religion peut devenir un facteur de division et de conflit. Les choix personnels ne doivent pas peser sur le collectif. 

Face au fait religieux, l'entreprise ne doit pas être dans le déni mais doit prendre ses responsabilités. « Le principe de laïcité ne doit pas rester à la porte de l'entreprise mais bien constituer une ressource pour les entreprises. » Les entreprises ont besoin de règles communes, claires et admises et ce sont ces règles qui peuvent prévenir les conflits tout en luttant contre les discriminations et la stigmatisation. 

 

 

 

Allocution d'Astrid Panosyan-Bouvet, Ministre du Travail et de l’Emploi

 

 

Vous pouvez écouter ou réécouter ce colloque en intégralité : 

 

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