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Publié le 25 Mars 2025

L'entretien du Crif - Cédric Perrin (LR), Président de la commission de la Défense du Sénat : « Il est vital de nous préparer à tous les scénarios »

Président de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, Cédric Perrin est sénateur Les Républicains (LR) du Territoire-de-Belfort et Président de la délégation parlementaire au Renseignement. Sur les enjeux actuels de Défense pour la France et l’Europe, où les décisions de réorganisation s’accélèrent compte tenu de la nouvelle donne géopolitique, il répond ici aux questions de Jean-Philippe Moinet. Il s’exprime également sur la situation au Proche-Orient et à Gaza, après la rupture de la trêve dans ce territoire palestinien, et sur les perspectives néanmoins envisageables, à moyen et long terme.

Le Crif : Dans le contexte géopolitique actuel, les Européens peuvent-ils s’organiser rapidement sur le plan militaire pour compenser le potentiel manque de soutien des États-Unis et, dans cette perspective, les dispositifs européens de Défense doivent-ils s’organiser encore au sein de l’OTAN ou en dehors de ce cadre (par exemple avec des pays non-membres de l’Union Européenne, comme la Grande-Bretagne et le Canada) ?

Cédric Perrin : En quelques semaines, Donald Trump a amorcé un rapprochement spectaculaire avec la Russie, menaçant d’abandonner l’Ukraine à son sort, et fait savoir à l’Europe qu’elle devrait désormais assumer sa propre sécurité. Il faut reconnaître que les premières décisions de la présidence Trump 2 ont plongé le monde, et l’Europe en particulier, dans un brouillard épais. Quel est le statut de l’Europe vis-à-vis des États-Unis ? Sommes-nous toujours des alliés au sens traditionnel du terme ? Sortir de ce brouillard demandera sans doute plusieurs mois.

L’OTAN existe toujours, même si les signaux envoyés par le senior partner sont désastreux. On parle désormais, dans l’administration Trump, d’un abandon du commandement suprême des forces alliées en Europe (Saceur) au sein de l’OTAN. Ce poste est traditionnellement occupé par un Général américain, qui commande également les forces des États-Unis en Europe. Une telle décision s’accompagnerait vraisemblablement d’un redimensionnement et d’un redéploiement des forces américaines. Par ailleurs, les principes fondateurs de l’OTAN, à commencer par la défense des valeurs démocratiques, ont été profondément ébranlés par le discours du vice-président J. D. Vance à la conférence de Munich. Manifestement, nous ne donnons plus le même contenu à ces valeurs…

Ce traumatisme – car c’en est un, et plus encore pour les autres pays européens – a au moins le mérite d’avoir brusquement réveillé l’Europe d’une forme de sommeil militaire, bercée qu’elle était par la protection américaine, même si cette situation aurait certainement pu être davantage anticipée par les Européens : la rhétorique sur le « partage du fardeau » remonte à la présidence Obama et n’a jamais été remise en cause par ses successeurs ! Il faut maintenant, en quelques mots, s’organiser pour dissuader. Dans quel cadre doit-on le faire ? Il faut d’abord distinguer le domaine nucléaire et le domaine conventionnel. Le Secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a fait savoir que le « partage nucléaire », par lequel les États-Unis, dans le cadre de l’OTAN, offrent leur protection à l’Europe n’est pas remis en cause. C’est un début de réponse à votre question : il est difficile, à ce stade, d’imaginer une dissuasion nucléaire qui s’exerce totalement en dehors du cadre otanien. Il reste à voir comment elle s’articulera avec l’intérêt manifesté par l’Allemagne pour un partage des dissuasions française et britannique. C’est un écheveau complexe, d’autant que les armes nucléaires britanniques dépendent en partie de l’allié américain pour leur déploiement…
 

 

« En matière de réarmement conventionnel, il faut d’urgence engager un effort capacitaire massif et coordonné »
 

 

Il y a ensuite la question du réarmement conventionnel. Le tableau est plus clair : il faut d’urgence engager un effort capacitaire massif et coordonné pour :

  • apporter une garantie de sécurité crédible à l’Ukraine,
  • assurer une dissuasion efficace vis-à-vis de la Russie.

 

Dans le second cas, cela prendra sans doute plusieurs années. Dans le premier, l’effort s’étendra sur plusieurs décennies.

Certes, l’Europe n’est pas restée inactive, on l’a vu avec les annonces de la présidente de la Commission européenne : 800 milliards proposés pour l’industrie de Défense, assouplissement des critères budgétaires pour les investissements de Défense. Attention cependant aux effets d’annonce. On voit avec le projet de règlement européen EDIP que dès qu’il s’agit d’entrer dans le concret, les divisions réapparaissent… On constate, dans ces discussions, combien le modèle d’armée autonome conçu sous l’autorité du Général de Gaulle a conservé toute sa pertinence. Nos partenaires redécouvrent l’intérêt non seulement d’avoir une véritable base industrielle et technologique de défense (BITD) mais aussi de posséder des équipements sans composants américains, car l’exportation voire l’utilisation de composants américains peut être bloquée à tout moment par les États-Unis ; ils s’intéressent enfin, désormais, à notre capacité de dissuasion nucléaire.

Faut-il se rapprocher du Royaume-Uni, du Canada ? Certainement. Rappelons que le Brexit a finalement changé peu de chose à la coopération de défense franco-britannique, car nos armées présentent des caractéristiques similaires, et sont habituées à travailler ensemble. Quant à nos amis canadiens, dont la souveraineté est désormais régulièrement mise en cause par Donald Trump, ils redécouvrent l’importance de l’amitié transatlantique et des liens historiques. La visite du nouveau Premier ministre Mark Carney en France (alors que traditionnellement la première visite d’un nouveau Premier ministre canadien s’effectue aux États-Unis) et au Royaume-Uni et ses déclarations sur le besoin qu’a le Canada « d’alliés fiables » en témoignent. En un certain sens, eux qui bénéficiaient à plein du parapluie américain ont vécu un réveil encore plus brutal que l’Europe. Nous avons évidemment une très grande proximité de valeurs avec le Canada.

Mais ce resserrement des liens avec ces deux partenaires peut aussi se faire dans le cadre de l’OTAN qui est, ne l’oublions pas, un formidable intégrateur militaire, à travers l’harmonisation des procédures et des équipements. Je fais partie de la délégation française à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN et, dans les échanges que nous avons avec nos collègues des autres pays alliés européens, nous voyons que l’OTAN est pour la très grande majorité d’entre eux l’horizon indépassable de notre défense collective. Il convient d’en prendre acte et de chercher la complémentarité des actions menées dans ces deux cadres. Il sera intéressant, à cet égard, de voir ce que les chefs d’État et de gouvernement des pays de l’OTAN décideront lors du Sommet de La Haye, qui aura lieu en juin prochain.

Au fond, nous avons beaucoup d’options, beaucoup de partenaires potentiels. L’enjeu sera avant tout d’articuler ces partenariats et d’affirmer notre propre détermination à contribuer à ce réveil stratégique.
 

 

« C’est heureux que nos chefs militaires aient anticipé cette dégradation du contexte stratégique car nous ne savons pas de quoi demain pourrait être fait »
 

 

Le Crif : Au sein de l’Union européenne, ne nous dirigeons-nous pas vers une Europe à géométrie variable en matière de Défense, comme l’illustre le groupe #E5, cinq importants pays européens qui annoncent un renforcement de leur coopération militaire ? Ce groupe E5 a quel intérêt pour la France ?

Cédric Perrin : Oui, mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Le groupe E5 rassemble les pays qui pèsent le plus, du point de vue militaire, qui possèdent une véritable base industrielle et technologique de défense (BITD) et qui veulent avancer ensemble autour de valeurs et de préoccupations communes. Lors de leur dernière rencontre, ils ont annoncé des initiatives concrètes pour le sommet de l’OTAN à La Haye : cela illustre mon propos sur l’articulation des partenariats et des forums. On ne peut pas évoluer au même rythme dans des organisations comme l’UE qui compte 27 membres, ou l’OTAN qui en compte 32. Il faut des locomotives, et il faut accepter que, malgré l’unité des Européens, il existe des différences de rythme et de culture stratégique et militaire.
 

Le Crif : Quelles sont les conséquences concrètes du bouleversement de la donne stratégique en Europe, celles qui vous apparaissent les plus importantes dans la période qui s’ouvre pour nos Armées ? Que signifie selon vous l’expression « Armée de réserve » employée récemment par le Premier ministre François Bayrou ?  

Cédric Perrin : Nos armées doivent évidemment se renforcer mais dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint… Notre Commission du Sénat a donc veillé, lors de l’examen du projet de loi de Finance, à ce que la trajectoire de la Loi de programmation militaire soit préservée. Nos armées doivent également s’aguerrir ; la démarche a été engagée par notre Chef d’état-major de l’armée de terre (CEMAT) avec l’objectif d’une division « bonne de guerre » de 20 000 hommes à l’horizon 2027, prête à s’engager en trente jours. C’est heureux que nos chefs militaires aient anticipé cette dégradation du contexte stratégique car nous ne savons pas de quoi demain pourrait être fait. Il est vital de nous préparer à tous les scénarios, pour ne pas risquer d’être surpris.

Mais nos armées doivent également repenser leur relation avec la société dans son ensemble, ce qui nous amène à la seconde partie de votre question. Le modèle de l’armée de métier n’a pas vocation à être remis en cause mais les événements de la dernière décennie, avec la menace terroriste sur notre sol puis le retour de la menace conventionnelle, ont remis en évidence l’importance du lien organique entre armée et population, qui s’était quelque peu perdu. Les opérations extérieures (Opex) étaient l’affaire de notre armée ; la menace en Europe est désormais l’affaire de tous, et il faut en tirer les conséquences.

Dans ce contexte, l’idée d’une « armée de réserve » avancée par le Premier ministre – mais aussi le chiffre de 100 000 réservistes avancé par le Ministre des armées – laissent quelque peu sceptique. Un récent rapport de notre commission pointe déjà la difficulté d’atteindre l’objectif de 80 000 réservistes, fixé par la Loi de programmation militaire à l’horizon 2030, dans les conditions actuelles… Par ailleurs, nous n’arrivons pas, pour l’instant, à financer sur toute l’année l’emploi des réservistes dont nous disposons. Nous sommes donc encore loin de pouvoir démultiplier leur nombre !

Il faudrait en réalité repenser le modèle, peut-être en s’inspirant de nos alliés baltes ou scandinaves qui, sous diverses formes, mobilisent une partie de la jeunesse dans la Défense – sur une base globalement volontaire. Nous sommes ouverts à la discussion avec le Gouvernement sur ces sujets. Mais il ne faut pas se raconter d’histoires. Tout cela a un coût. Nous ne pourrons pas développer nos réserves, ni d’ailleurs nos armées en général, sans un effort de toute la Nation en faveur du réarmement. Notre sécurité en dépend.

 

 

 

 

« Il n’y a pas d’accord viable sans l’Ukraine et sans l’Europe. Si la Russie poursuit sa politique d’agression nous devrons nous défendre »

 

 

 
Le Crif : Dans la période de discussions sur un éventuel cessez-le-feu en Ukraine, quelles sont les garanties de Sécurité qu’il faut à votre avis prévoir pour et en Ukraine ?  Est-ce que l’envoi de soldats (européens ou d’autres pays), « gardiens de la paix » en Ukraine vous semble une option à envisager ?

Cédric Perrin : D’abord un constat terrible s’impose : l’Europe, et même l’Ukraine dans une large mesure, sont tenus à l’écart des discussions qui s’amorcent entre les États-Unis et la Russie. On peut craindre le pire, car Donald Trump est prêt à sacrifier beaucoup à l’objectif de pouvoir annoncer la fin du conflit, et Poutine le sait bien. À cet égard, le principal résultat concret de l’entretien téléphonique du 18 mars 2025 entre les deux dirigeants semble avoir été l’organisation de matchs de hockey entre des équipes russes et américaines…

Nous serons malheureusement tributaires de l’issue de ces discussions. Mais en réalité il n’y a pas d’accord crédible et viable sans l’Ukraine et sans l’Europe. Une garantie de sécurité européenne, sous la forme de l’envoi de soldats, pourrait justement contribuer à « ré-européaniser » le règlement du conflit. Mais pour le moment nous en sommes loin, pour différentes raisons, et notamment parce que Poutine ne veut pas en entendre parler car cela contrecarrerait ses projets de mainmise sur l’Ukraine. L’Union européenne est-elle en mesure de se poser en puissance militaire ? Elle n’a guère su le faire jusqu’à présent ; ce serait un test. Il faut aussi toujours garder à l’esprit que nous n’aurons pas forcément le choix… Si la Russie poursuit sa politique d’agression, ce qui est tout à fait possible, nous devrons nous défendre.

 

 
« La voix du Président d’Israël [concernant le sort des otages et l’éradication du Hamas] n’est pas celle du Premier ministre »
 

 

Le Crif : Concernant la situation au Proche-Orient. La trêve a été interrompue à Gaza, l’armée israélienne ayant relancé ses frappes contre des positions du Hamas, qui ont sans doute fait des victimes civiles. Comment analysez-vous cette reprise des combats, est-elle une simple et nouvelle pression pour obtenir la libération des otages encore détenus par le Hamas, ou d’autres explications ont-elles motivé cette rupture de la trêve ?

Cédric Perrin : La justification donnée par le Premier ministre à la reprise des combats – en violation de la trêve, et alors que la seconde phase, qui devait conduire à la conclusion d’un cessez-le-feu définitif, n’a toujours pas été engagée – est en effet la libération des 59 otages restants, dont 24 seraient encore en vie, mais aussi la défaite définitive du Hamas. Il reste à déterminer si les frappes lancées par Israël préfigurent une nouvelle opération terrestre, qui nécessiterait le rappel de réservistes alors que le consensus autour de la poursuite de la guerre s’effrite dans la société israélienne.

Quoi qu’il en soit, l’atteinte de ces deux objectifs est peu crédible, puisque 18 mois de campagne massive n’y ont pas suffi. En outre, les deux objectifs sont sans doute incompatibles, puisque l’éradication du Hamas, dont on peut douter qu’elle soit militairement possible, signifierait certainement la mort des otages restants. Le Président d’Israël ne dit pas autre chose dans sa dernière prise de parole.

Il faut donc également tenir compte des calculs politiques du Premier ministre. Ainsi, Itamar Ben Gvir, qui avait quitté le gouvernement au moment de la conclusion de la trêve, vient de le réintégrer avec son mouvement, ce qui devrait permettre le vote de budget (et donc éviter la chute du gouvernement et la tenue de nouvelles élections). Il faut également prendre en compte les procédures en cours contre Benyamin Netanyahou, notamment les accusations de pots-de-vin versés par le Qatar à des membres de son entourage.
 

Le Crif : Le porte-parole de Tsahal, le Colonel Rafowicz, a invoqué des informations du renseignement sur un projet de nouvelle attaque du Hamas sur le territoire israélien. Est-ce à dire que les capacités militaires du Hamas n’ont pas été suffisamment réduites, un an et demi après le 7 octobre 2023 ?

Cédric Perrin : La réponse à cette question est liée à la première. Les capacités du Hamas ont très certainement été fortement réduites, avec la mort de plusieurs dizaines de milliers de ses combattants et de la quasi-totalité de ses commandants, mais pas éradiquées. Par ailleurs, il est malheureusement à craindre que le très lourd bilan des opérations à Gaza sur la population civile pousse des milliers de jeunes à rejoindre le Hamas. Dans tout conflit, il est très dangereux de placer son adversaire dans une situation où il n’a plus rien à perdre. C’est le plus grand risque de la situation actuelle.
 

 

 

« La clé d’un règlement [du conflit à Gaza] est peut-être détenue par l’Arabie saoudite, qui dispose du poids politique nécessaire pour le faire accepter à la plupart des autres pays arabes. Les bénéfices économiques et stratégiques pour Israël et pour la région dans son ensemble seraient considérables »
 

 

 

Le Crif : À moyen ou long terme, quelles sont pour vous les hypothèses les plus réalistes, et souhaitables, pour « l’après » guerre à Gaza ? Est-ce que la guerre est une fatalité dans cette région ou un accord pourra-t-il quand même, à terme, aboutir pour permettre une nouvelle gouvernance à Gaza, assurer la sécurité dans cette région, le respect mutuel entre Israéliens et Palestiniens ?

Cédric Perrin : Le réaliste et le souhaitable cohabitent difficilement en ce moment… Côté Israël, il n’y a pas, avec le gouvernement actuel, de volonté de paix, comme le montrent les opérations à Gaza, mais aussi en Cisjordanie où l’on se dirige vers une annexion de fait, ou au Liban. Quant à la société israélienne, elle est encore pour l’instant trop marquée par le 7-Octobre pour envisager la perspective d’une paix globale. Côté palestinien, il n’y a pas de partenaire crédible : le Hamas est évidemment inacceptable, pour Israël comme pour la communauté internationale, et l’Autorité palestinienne est depuis longtemps décrédibilisée par ses échecs politiques et économiques, et sclérosée par le verrouillage du pouvoir par Mahmoud Abbas, qui fêtera cette année ses 90 ans.

Essayons cependant de rêver. Je voudrais tout d’abord penser à l’exemple européen. Au début de cet entretien, nous parlions de l’extension de la dissuasion nucléaire de la France et du Royaume-Uni à l’Allemagne et au reste de l’Europe. Mais ces pays, aujourd’hui si proches de nous que nos destins sont communs, ont été nos ennemis pendant des siècles ! Nous avons fait avec l’Angleterre (entre autres nombreuses guerres) la Guerre de cent ans ! L’Allemagne nous a envahi trois fois en 70 ans ! Et pourtant, aujourd’hui, nos intérêts vitaux sont liés et nous les défendons ensemble. Quel chemin parcouru ! Pourquoi les Israéliens et les Palestiniens n’y parviendraient-ils pas aussi un jour ?

La clé d’un règlement est peut-être détenue par l’Arabie saoudite, qui dispose du poids politique nécessaire pour le faire accepter à la plupart des autres pays arabes. Les bénéfices économiques et stratégiques pour Israël et pour la région dans son ensemble seraient considérables ; l’Iran et ses affiliés se retrouveraient isolés, et peut-être contraints de négocier.

Pourtant, le Premier ministre israélien ne semble prêter aucune attention à la condition posée par Mohammed Ben Salmane (MBS) pour une normalisation en bonne et due forme, qui est la perspective crédible d’un État palestinien. Jusqu’à présent les plans grandioses échafaudés pour la région dans certains cercles israéliens et américains ont eu pour point commun d’enjamber un règlement politique du conflit : on passerait directement de la phase militaire (écrasement du Hamas, du Hezbollah, des Houthis) à la phase économique (reconstruction). Nous voyons bien que cela ne marche pas. Comme le Président vient de le rappeler, l’approche militaire n’apporte pas la sécurité.

Notre Commission sénatoriale a mené, en juin 2022, une mission d’information très instructive en Israël, en Cisjordanie et à Gaza (c’était la première délégation parlementaire à s’y rendre depuis plus de dix ans, et cela n’a été possible que grâce au soutien du président de la Knesset de l’époque). Un an avant le 7-Octobre, la quasi-totalité des responsables israéliens rencontrés ont dit à mes collègues « il n’y a plus de problème palestinien, ce n’est pas un sujet ». C’est pourquoi je ne crois pas qu’Israël puisse trouver la paix en détournant les yeux des Palestiniens, ou en pensant que la force militaire pourra régler un problème politique. Tôt ou tard, il faudra une solution politique, et pour qu’elle soit viable et durable, il faudra qu’elle ait un sens pour les Palestiniens aussi.
 

Propos recueillis par Jean-Philippe Moinet
 

 

- Les opinions exprimées dans les entretiens n’engagent que leurs auteurs -

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