Discours de Francis Kalifat à la cérémonie du Yizkor 2019

 

Cérémonie du Yizkor 2019, dimanche 6 octobre à 11h, au cimetière de Bagneux - Discours du Président du Crif Francis Kalifat 

Chers Amis,

Les traditions fixent le temps de façon immuable au-delà des événements et du tumulte de nos vies.

Merci cher Henry, cher Fernand et chers amis du FARBAND d’avoir  fait de cette commémoration une tradition  incontournable de notre mémoire collective.

C’est, toujours avec la même émotion que chaque année nous sommes  à vos côtés au cimetière Parisien de Bagneux, pour témoigner notre fidélité mémorielle à tous ceux qui ont disparu, victimes de la barbarie nazie, 6 millions de femmes, d’hommes et d’enfants privés de sépulture et dont cette stèle érigée par la mairie de Paris, demeure le témoin pour les générations futures.

L’histoire de la Shoah s’écrit encore aujourd’hui et la France compte dans ses rangs d’éminents historiens qui continuent d’analyser ses rouages.

Les violences subies par les Juifs, motivées par idéologie et par intérêt lucratif, prennent leurs sources dans l’antisémitisme.

Les clichés antisémites millénaires sur le supposé argent des Juifs, sur leur puissance économique, leur contrôle de la presse et des médias, ou sur le grand complot juif, ont nourri l’antisémitisme depuis de nombreuses générations.

On sait combien ces stéréotypes mués en certitude ont stimulé le passage à l’acte.

Cette cérémonie, à laquelle nous tenons particulièrement, est toujours un moment qui nous redonne un peu de cette force qui permet d’aller de l’avant malgré une actualité parfois sordide.

Pourtant lors de mes nombreux déplacements à Paris, en banlieue ou en région, j’entends de plus en plus de Français juifs s’inquiéter pour l’avenir de leurs enfants en France et pour la pérennité d’une vie juive dans notre pays.

Car, loin d’être relégué aux livres d’histoire, l’antisémitisme se porte de mieux en mieux dans notre pays et reste malheureusement d’une inquiétante actualité.

Il a toujours su se réinventer et prendre des formes nouvelles : le terrorisme antisémite des djihadistes, l’antisémitisme politique de l’extrême-droite, l’antisémitisme antisioniste de l’extrême-gauche, l’antisémitisme religieux d’une partie du monde musulman jusque parfois dans nos quartiers.

Depuis le début des années 2000 notre situation de Français juifs se dégrade en pente douce ou par à-coups, en silence ou à la une des médias, de meurtre en meurtre et sans sursaut durable.

Le premier semestre 2019 ne montre malheureusement aucune amélioration bien au contraire.

Comme les années précédentes, des Français juifs ont été insultés, harcelés, menacés, volés, agressés ou frappés parce que juifs.

En 2017 et 2018, de nouveaux paliers ont été franchi avec l’assassinat de deux vieilles dames juives, Sarah Halimi et Mireille Knoll, chez elles, à leurs domiciles.

Après le choc de leur assassinat, est venu le temps la perplexité puis de la colère : comment comprendre l’ordonnance rendue par les juges d’instruction dans le meurtre barbare de Sarah Halimi, concluant qu’il existe des « raisons plausibles » de penser que le discernement du suspect était « aboli » au moment des faits

Ces atermoiements insupportables cachent mal une réalité démontrée par la mise en scène et la personnalité du tueur : Sarah Halimi est  bien une nouvelle victime du terrorisme islamiste. Sarah Halimi est la victime malheureuse d’un crime antisémite.

Notre Pays est aujourd’hui sous l’émotion de ces assassinats antisémites à fort pouvoir symbolique.

Pourtant, il existe une continuité entre ces meurtres et les violences physiques, les mezouzot arrachées, les graffiti sur les murs, les courriers anonymes et les insultes, menaces et crachats qui font cet antisémitisme du quotidien, qui rend insupportable la vie de tant de Français juifs qui souffrent, eux, depuis des années et souvent dans l’indifférence.

Les mots sont terribles, mais ne disent rien de la vie des victimes de cet antisémitisme qui gangrène ces quartiers que l’on nomme « difficiles » et qui conduit de plus en plus de Français Juifs à un inexorable exil intérieur.

Ceux qui en ont les moyens fuient. Les autres restent dans un climat hostile fait, chaque jour, d’incivilités, de menaces et de violences.

Notre pays a pris ces derniers mois des orientations positives qu’il faut aussi souligner.

Je pense à la loi AVIA pour lutter contre les discours de haine sur les réseaux sociaux. C’est une étape importante, nécessaire mais insuffisante car une lutte efficace contre l’antisémitisme doit traiter tous ces ressorts.

L’un d’entre eux est aujourd’hui la Shoah, lorsqu’elle est moquée, banalisée, relativisée et, parfois, tout simplement niée.

Un autre ressortest cette haine des Juifs exprimée à travers l’obsession haineuse de l’état d’Israël, contesté dans sa légitimité, l’antisionisme qui n’est rien d’autre qu’une expression       contemporaine de l’antisémitisme.

Une définition de l’antisémitisme, illustrée d’exemples, fait aujourd’hui référence, celle de l’IHRA, l’Alliance Internationale pour la Mémoire de l’Holocauste.

Elle en couvre tous les aspects, y compris le négationnisme et la haine de l’Etat Israël.

Une proposition de résolution, signée par 170 députés, reprenant la définition de l’IHRA était inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale du 29 mai dernier.

Malheureusement son examen a été reporté. Cela nous inquiète.                                                                                                     

Combien de morts faudra-t-il encore pour qu’enfin on s’attaque à l’antisémitisme sous toutes ses formes et en particulier sur son aspect  le plus pernicieux qu’est l’antisionisme qualifié comme sa « forme réinventée » par le Président Emmanuel Macron.

Dans la lutte contre l’antisémitisme nous avons besoin de résultats et d’efficacité, car les haines se nourrissent du laisser-faire, des renoncements et de l’impuissance.

Le combat contre la haine doit être un combat qui fédère et unit et non pas un combat qui clive et qui divise.

Il doit être porteur d’un projet de société qui fait une place à chacun et qui donne à chacun des droits mais aussi des devoirs.

C’est le combat du CRIF et à travers lui le combat des Français juifs.

Je ne peux conclure sans rappeler  le  souvenir de ceux qui sont disparus cette année, les deux grands résistants juifs, Georges Loinger et Roger Fichtenberg, ainsi qu’Ida Grinspan et Ady Fuchs, survivants de la Shoah et inlassables témoins.

Les disparitions progressives des derniers témoins nous renvoient à c’est cet immense défi : Être les témoins des témoins disparus

Que leurs mémoires soient bénies et restent pour nous source d’inspiration courageuse.

Je vous remercie.