Etudes du CRIF
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Publié le 8 Février 2007

Etudes du Crif n°12 : L’Ecole, témoin de toutes les fractures par Iannis Roder, professeur agrégé d’Histoire et Géographie

Ce numéro 12 des Etudes du Crif est un formidable témoignage d’un professeur de collège sur l’état des banlieues et de l’école, mais également de la situation, notamment intellectuelle, des jeunes.

Le chiffre

40 heures
En moyenne, mes élèves passent plus de temps devant la télévision qu'en classe.

Il est symptomatique de voir un élève qui ne comprend pas ce qu'on lui reproche s'énerver non seulement parce que ses repères moraux ne sont plus les mêmes, mais aussi parce que son langage ne lui permet pas de comprendre la réprimande.

Pour ce douzième numéro des Etudes du CRIF, nous avons demandé à un enseignant de livrer un témoignage choc. Les observations qui ont mené à la rédaction de ce texte ne peuvent évidemment pas être considérées comme une vision globalisante, non seulement de l’état des banlieues et de l’école, mais également de la situation, notamment intellectuelle, des jeunes. Chaque établissement vit sa propre réalité et chaque enseignant la sienne, précise dans son texte Ianis Roder. La question n’était donc pas d’offrir ici un tableau d’ensemble mais bien de faire le point, à un moment et un endroit donnés, du quotidien scolaire et parfois a-scolaire, des perceptions du monde d’une partie de la jeunesse des banlieues, telles qu’un enseignant les perçoit lui-même.

La lecture de ce témoignage se révèle difficile. Ce témoignage est accablant, terrible. Il fait froid dans le dos. Dans un univers glauque, les écoles sont coincées dans des îlots de misère ou les barres HLM aux portes défoncées succèdent aux terrains vagues. Des enfants rejetés, vivent dans de véritables ghettos. Les parents divorcés, absents, fatigués ou reclus ne savent plus, ne peuvent plus, ne veulent plus. Lorsque eux-mêmes ne fuient pas, la tête tournée vers la seule télévision. Les enfants ne maîtrisent pas notre langue, n’ont pas accès au savoir mais végètent dans une sous culture permanente constituée de fanzines, de jeux virtuels et de séries B de télévision.

Dans ce contexte difficile, l’école est le dernier rempart, la toute dernière citadelle pas seulement du savoir, mais de l’apprentissage de la citoyenneté, de la normalité. Mais que peut-on encore apprendre à des enfants qui ne savent pas lire ? Qui vivent à quatre ou cinq par pièce ? Qui ne savent pas se situer, quelque part entre un ici (des barres et des barres) et un ailleurs, au bled, dont ils ne sont plus ? Que peut-on dire à des enfants ramassés, lâchés par le système, abandonnés de toute part et confrontés à l‘imaginaire de la Star Ac’ (« lorsque je serai grand, je gagnerai 30.000 euros par mois ») ?

 
Vous trouverez le texte complet en pdf sur le lien suivant : http://www.crif.org/pdf/etude_12.pdf
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