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Crédit photo : ©Alain Azria
Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et spécialiste de la résilience, a donné une conférence intitulée « Transmettre Auschwitz et ne plus transmettre » lors d’un colloque organisé à l’Académie de Médecine à Paris le 20 janvier 2025. Survivant de la Shoah, il a expliqué comment son vécu a façonné son parcours et ses recherches sur la transmission intergénérationnelle des traumatismes. Il a souligné le rôle du silence familial dans la construction identitaire des descendants des survivants, en s’appuyant sur les avancées de la neurobiologie et de l’épigénétique. Il a également abordé la mémoire collective et la difficulté de reconnaissance du génocide juif après la Seconde Guerre mondiale, mettant en lumière le poids du déni et du silence sociétal. Enfin, il a insisté sur l’importance de l’art et du récit dans la transmission de la mémoire, plaidant pour une approche qui valorise la résilience et la reconstruction identitaire.
Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, psychiatre et psychanalyste français, a participé au colloque organisé par le Crif, l’AMIF et la FMS, qui s’est tenu le 20 janvier 2025 à l’Académie de Médecine à Paris. Connu pour la qualité de ses travaux sur la résilience, un concept qu’il a largement vulgarisé auprès du grand public, il a donné une conférence exceptionnelle intitulée « Transmettre Auschwitz et ne plus transmettre ».
Après avoir miraculeusement survécu à deux rafles à Bordeaux durant son enfance, Boris Cyrulnik a poursuivi des études de médecine à Paris avant de devenir médecin-chef d’un établissement psychiatrique. Son expérience personnelle de la Shoah a profondément influencé sa carrière et ses recherches. Auteur prolifique, il a écrit de nombreux ouvrages sur la psychologie et la résilience, notamment Un merveilleux malheur (1999) et Les vilains petits canards (2001). Apprécié pour sa capacité à rendre accessibles des concepts psychologiques complexes, il est souvent qualifié de « psy préféré des Français ».
Lors de son intervention, Boris Cyrulnik a analysé la transmission intergénérationnelle des traumatismes liés à la Shoah, insistant sur l’importance de la mémoire collective et le rôle des chercheurs dans l’étude de ces mécanismes. Évoquant son propre vécu, notamment son arrestation, il a expliqué comment ces événements ont façonné son identité et influencé son travail.
Il a également souligné le rôle du silence familial dans la transmission des traumatismes, expliquant que l’absence d’un récit structurant peut susciter des angoisses et des fantasmes chez les descendants des survivants de la Shoah. Il a mis en avant les avancées de la neurobiologie et de l’épigénétique, qui démontrent que le stress subi par une génération lors d’un traumatisme peut modifier le développement cérébral des générations suivantes.
Insistant sur l’importance du contexte sensoriel et affectif dans le développement de l’enfant, il a expliqué que les interactions précoces avec la mère et l’entourage jouent un rôle déterminant dans la structuration du cerveau. Il a distingué le mutisme familial des récits partagés, mettant en lumière le rôle crucial de la parole dans la construction identitaire des descendants des survivants.
Il a également abordé la mémoire collective et la difficulté de reconnaissance du génocide juif après la Seconde Guerre mondiale. Il a rappelé le déni culturel qui a longtemps prévalu ainsi que les réticences des survivants de la Shoah à témoigner, un silence imposé par la société et parfois intériorisé par les victimes elles-mêmes.
En conclusion, Boris Cyrulnik a insisté sur le rôle fondamental de l’art et du récit dans la transmission de la mémoire. Il a évoqué l’œuvre de Georges Perec, expliquant comment la culture et la narration permettent d’intégrer les traumatismes et de leur donner du sens. Il a plaidé pour une transmission qui dépasse la simple évocation de la souffrance, insistant sur la nécessité de comprendre les mécanismes sociaux ayant conduit à la Shoah, tout en valorisant la résilience et la reconstruction identitaire des descendants des survivants.
Docteur Bruno Halioua
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Partie 1
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