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Publié le 14 Juin 2011

L'ancien conseiller diplomatique d'Yitzhak Rabin commente la situation à Damas et l'impact que les évènements pourraient avoir sur Israël

Colonel de réserve israélien, Jacques Neriah a été responsable de l'évaluation aux renseignements militaires. Intervenant dans toutes les négociations avec le Liban, la Syrie et la Jordanie, il a également été conseiller diplomatique d'Yitzhak Rabin. Aujourd'hui, il est analyste et consultant pour les affaires moyen-orientales.


Que vous inspirent les derniers développements en Syrie ?



Il y a de plus en plus de signes avant-coureurs de la chute de Bachar el-Assad. Le président syrien ne fait que lutter pour sa survie et il n'a plus beaucoup d'options : acculé, il réagit comme une bête traquée.



Va-t-il pouvoir tenir encore longtemps ?



Cela dépend de la communauté internationale. Je crois qu'une fois le volet libyen terminé, le monde occidental se tournera vers la Syrie...



Voyez-vous d'autres scénarios menant à la chute de l'actuel régime à Damas ?



Bachar el-Assad est entouré de sa garde prétorienne, dirigée par son frère Maher. Or une telle protection, aussi efficace soit-elle, est très vulnérable. Si quelqu'un dans son entourage le juge opportun, le président peut être la cible d'une tentative d'assassinat ou d'un complot visant à le destituer. La Syrie est dirigée depuis des décennies par des alaouites, une minorité qui, en tant que telle, a tout intérêt à garder le pouvoir, y compris si cela passe par le sacrifice de Bachar. Pour l'instant, l'hypothèse d'un coup d'État dirigé par un général ou un groupe d'officiers supérieurs alaouites est peu probable, mais pas impossible...



Des commentateurs israéliens ont écrit qu'il serait préférable pour Israël qu'il n'y ait pas trop de changements à Damas...



Une Syrie instable, comme dans le passé, avant l'arrivée au pouvoir de Hafez el-Assad, le père de Bashar, pourrait être un avantage pour Israël. Mais si on considère que l'effondrement de l'axe Iran-Syrie-Hezbollah est une chose possible - n'oublions pas les slogans contre le Hezbollah et l'Iran scandés par les manifestants syriens -, que peut espérer Israël ? On dit aussi que le régime syrien est en train de manipuler les Palestiniens pour réchauffer la frontière syro-israélienne. Où est le bénéfice pour Bachar el-Assad ? Provoquer les Israéliens sans savoir quelles seront leurs réactions ? Le chef de l'État syrien a plutôt intérêt à maintenir la stabilité aux frontières, ce qui lui permettra d'utiliser le maximum de forces contre ses opposants.



Les centaines de Palestiniens syriens qui ont tenté de franchir les barbelés qui séparent leur pays d'Israël ne sont-ils pas le signe d'une possible détérioration dans le secteur ?



La véritable menace serait passée par le déploiement de troupes syriennes sur les lignes du cessez-le-feu. Cela aurait été le signe avant-coureur d'une crise armée entre Damas et Jérusalem. Mais des manifestants désarmés qui marchent sur des champs de mines... c'est cela, vraiment, la menace existentielle d'Israël ? Allons bon ! C'est une blague !



Mais la direction syrienne ne pourrait-elle jouer autrement la stratégie de tension avec Israël ? Par exemple via le Hezbollah libanais ?
Au Liban, il aura fallu plus de cinq mois au Hezbollah pour former un gouvernement avec à sa tête un Premier ministre de son choix. Cela signifie que, malgré toute sa puissance, le Hezbollah se retrouve chez lui relativement limité.
L'Autorité palestinienne a demandé à ce que les Nations unies reconnaissent l'État palestinien lors de son assemblée générale en septembre. Qu'en pensez-vous ?



Je crois que septembre prochain sera un mois comme les autres, après août et avant octobre... À moins que, d'ici là, il n'y ait une troisième Intifada.



Croyez-vous à une nouvelle insurrection armée des Palestiniens ?



Le Hamas pourrait y avoir un intérêt, mais pas l'OLP. À mon avis, Mahmoud Abbas a plus intérêt à garder des canaux de négociations avec Israël et les Américains, plutôt que de provoquer une montée de la tension, voire une crise où, finalement, Israël paraîtrait, face au monde, avoir encore une fois raison.



Photo (Jacques Neriah) : D.R.



Source : le Point