Etudes du CRIF n°18 : Manifestations et mutations du sentiment anti-juif aux Etats-Unis
« L'étude de Françoise Ouzan rappelle que les Juifs, dont le succès aux Etats-Unis est si spectaculaire, n’ont pas toujours été bienvenus dans ce pays »
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En 1913, en Géorgie, aux USA, un jury condamna à la peine capitale un ingénieur juif, Leo Frank, pour avoir assassiné une toute jeune fille employée dans l’usine qu’il dirigeait. Après un procès d’appel, en 1915, le verdict fut commué par le gouverneur de l’Etat en prison à perpétuité. Mais un groupe d’hommes, dirigé par des notables de la ville, s’empara du prisonnier et le lyncha. Leo Frank était innocent. Le meurtrier était probablement un noir, le gardien de l’entreprise, et l’avocat de Leo Frank n’avait d’ailleurs pas hésité à utiliser contre ce dernier, jamais inculpé, des injures racistes caractérisées, preuve de la force extrême des stéréotypes à cette époque. C’est à cette occasion, en 1913, que fut fondée l’ADL, l’une des plus importantes organisations juives américaines de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.
L'étude de Françoise Ouzan rappelle que les Juifs, dont le succès aux Etats-Unis est si spectaculaire, n’ont pas toujours été bienvenus dans ce pays. Peter Stuyvesant, le fameux gouverneur de New Amsterdam, plus tard New York, plein de mépris pour les Juifs, n’avait accueilli que sur les injonctions formelles de l’Unio La grande solidarité des Juifs et des Noirs, celle de Martin Luther King et de Abraham Heschel, celle des opprimés, n’a plus guère cours aujourd’hui : sans même insister sur le raciste Farrakhan aujourd’hui retiré par la maladie du business de la haine, le sentiment antijuif est plus marqué, toutes les statistiques le montrent, chez les Noirs et aussi chez les Ladinos, qui ne peuvent plus être appelés des minorités. C’est là que se joue en partie l’avenir des relations des Juifs et d’Israël avec la société américaine.
La situation aujourd’hui a évolué : comme ailleurs dans le monde, l’antisionisme, ou plus exactement la haine envers Israël est devenu l’axe principal des représentations anti-juives.
Françoise Ouzan en décrit en détail les manifestations, mal connues dans notre pays, notamment dans le milieu universitaire où l’argent des monarchies du golfe n’est pas absent…
On peut voir sur Youtube la fameuse conférence de l’Ambassadeur d’Israël Michael Oren à l’Université d’Irvine en février 2010. Un groupe de manifestants, manifestement musulmans pour la plupart, avaient organisé le sabordage de l’événement. L’un après l’autre, ils coupent en vociférant le discours de l’Ambassadeur, puis se laissent tranquillement conduire, chacun séparément, par des policiers hors de la salle. Le discours reprend, de nouveau coupé, et le protestataire suivant sort aussi encadré par les agents, dans le plus grand calme. Il y a là, la manifestation, étonnante en un tel moment, d’un respect pour les institutions qui laisse penser que, quoi qu’il en soit, les valeurs de liberté d’expression que proclame l’Amérique sont profondément ancrées dans la population. Mais il ne faudrait pas que cette liberté attente à d’autres libertés…
Richard Prasquier
Président du CRIF
