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Publié le 13 Juin 2012

L'Inquisition espagnole et l'exil des Marranes, par René Pariente (*)

Dans cet ouvrage érudit, le professeur René Pariente commence par remonter le temps jusqu'à la période biblique pour suivre le fil de l'histoire millénaire du peuple juif avant de se pencher plus précisément sur le cœur du sujet, l'Espagne où l'islam a régné en maître avant la reconquête catholique. Sujets de seconde classe, les dhimmis, sous l'islam, les Juifs d'Espagne vont connaître des hauts et des bas sous les rois catholiques. Jusqu'au jour fatal de 1492 qui verra les souverains Ferdinand et Isabelle, pourtant a priori bien disposés à leur égard, signer, sous l'influence néfaste de Torquemada, le décret d'expulsion.

« Le processus de marginalisation commença véritablement, nous explique l'auteur, quand ,oubliant la tolérance d'Alphonse VII, qui se voulait au XIIème siècle prince des trois religions, Alphonse X le Savant (1252-1284), roi de Castille contemporain de Louis IX, élabora entre 1256 et 1265, le code dit des Siete Partidas. Ce nouveau code imposa la marginalisation des minorités religieuses ».

 

Dès lors, au fil des années, les Juifs connaîtront des situations diverses marquées par des épisodes terribles. Sous Ferdinand III de Castille et Jean 1er d'Aragon, c'est la rouelle. Puis les Cortès de Valladolid, en 1293, décrétèrent que les Juifs ne pourraient plus acquérir ni posséder de maisons. Plus tard, ils ne pourraient plus être collecteurs d'impôts, durent porter des vêtements distinctifs, payer des taxes spécifiques et résider dans des quartiers particuliers, les juderias. Puis vient le temps de massacres et des persécutions (1366-1492), celui des disputations aux cours desquelles les textes juifs étaient mis à mal et le début du marranisme.

 

On peut se demander combien de Juifs espagnols ont alors choisi l'exil. 50 000 familles disent les uns, 100 000 personnes affirment les autres. Jusqu'à 800 000 prétendent certains. Dans un tableau chiffré  édifiant, René Pariente ventile, pays par pays, pour 1492, 235 000 âmes dont 50 000 baptisés. Ces exilés iront en Algérie, au Maroc, en Turquie, en Égypte, à Tripoli, mais aussi en France, en Italie, en Hollande, en Angleterre, en Scandinavie, à Hambourg et en Amérique. 20 000 mourront durant le voyage.

 

Dans le véritable tour du monde qu'il propose aux lecteurs, l'auteur, dans le chapitre consacré aux Juifs de France, ne manque pas de rappeler la création du CRIF en 1944.

 

Très intéressant.

 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions L'Harmattan. Avril 2012. 270 pages. 28 euros.

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